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COMMENT LE LIVRE DE MONA CHOLLET M’A RAPPELÉ UNE CITATION DE MA MÈRE : « Si j’avais eu le choix, j’aurais eu deux vies : une avec enfants et une sans enfants ».


Je viens de finir le nouveau bouquin de Mona Chollet, « Sorcières. La puissance invaincue des femmes » et je suis OBLIGÉE de vous en parler. Pour commencer, c’est un des seuls livres que je suis arrivée à lire d’une traite. En effet, j’ai de gros problèmes de concentration et je n’arrive pas à me fixer plus de deux heures sur une activité, même si celle-ci me passionne. Alors la question brûlante est : Pourquoi cet ouvrage a-t’ il réussit à retenir mon attention ?

Je suis fan de la couverture…

1-De quoi ça parle ?

Pour vous résumer rapidement ma lecture, l’auteure fait un parallèle entre les persécutions dont ont été victimes des milliers de femmes à travers l’Europe, lors des célèbres chasses aux sorcières de la Renaissance, avec les inégalités qui perdurent encore de nos jours entre les deux sexes. Pour elle, ces « évènements historiques » ont un lien avec les discriminations que subissent les femmes dans notre société actuelle, comme par exemple :

-la peur des figures féminines indépendantes (celles qui ne se marient pas, ne font pas d’enfants, ne se plient pas aux normes esthétiques que nous imposent la société…),

-l’injonction à enfanter, le contrôle de la fécondité,

-le rejet, voir même le dégoût des signes extérieurs de vieillesse, surtout lorsqu’il s’agit de femmes,

-l’appropriation du médical par les hommes (depuis l’éradication de la figure de la guérisseuse, lors de la grande chasse aux sorcières).

Évidemment, ces quelques lignes toutes pourries ne rendent pas justice au contenu de ce livre, qu’il va falloir parcourir dans son entièreté, si vous voulez avoir accès à la pensée de l’auteure.

Je n’ai pas envie de faire une analyse de ce que je viens de lire, car cela ne serait que du « resucé », une espèce de copié-collé tout pété (en moins bien en plus).

Par contre, je peux vous dire que j’ai dévoré cet ouvrage en quelques heures, probablement parce qu’à chaque instant, je me repassais le film de ma vie. « Sorcières. La puissance invaincue des femmes » m’a permis de mieux comprendre certains choix que j’ai pu faire et d’interpréter des évènements de mon existence, à la lueur de ma condition féminine : cela m’a ouvert de nouvelles perspectives. Ce qui est déjà pas si mal…

2-Pourquoi ce livre m’a touché : en mode cas soc’ de «Confessions Intimes ».

Du plus loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie à part. Je n’avais pas les mêmes centres d’intérêt que les autres, la même façon de ressentir les choses, les mêmes rêves. Jusque-là, rien de bien exceptionnel me direz-vous, puisqu’on a tous un peu cette impression. « Mon adulte préférée » était une femme du village qui n’avait pas d’enfant, elle aimait un homme avec lequel elle ne vivait pas et je la trouvais très élégante. Sans le savoir, j’avais déjà repéré un modèle pour mon avenir.

Effectivement, aujourd’hui, j’ai 32 ans, je ne veux pas vivre en couple et je ne veux pas d’enfants (pour l’instant, il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis). Mon mode de vie suscite souvent des interrogations plus ou moins lourdes, de la part des gens que je rencontre : en fait je dois sans cesse me justifier à ce sujet. À une époque, j’avais un tas de phrases toutes faites, pour détourner le truc sur le ton de l’humour du genre : « La Terre est déjà assez peuplée, pas besoin que j’en rajoute », « Je n’ai pas envie de transmettre toutes mes tares à mes gosses » et bla bla.

Mais moi, dans mon raisonnement, lorsque je vois mes potes se lancer là-dedans, j’ai vraiment envie de leur demander : Pourquoi faites-vous des gosses sérieux, alors que vous savez bien que vous n’allez plus avoir de vie ? En fait, je précise que ce qui me tracasse, c’est qu’ils vont devoir placer les intérêts et les envies de leurs enfants avant les leurs, et cela va durer pendant de looooongues années. Pour moi, c’est un choix bizarre… et pourtant je ne fais pas chier tous les parents que je croise, en leur demandant de s’en expliquer…

Malgré tous leurs efforts pour faire rêver, ça me donne pas envie…

Du point de vue de ma vie amoureuse, je peux me rattraper, en faisant profiter mon entourage de mes rencontres foireuses : ainsi, je divertis l’assemblée de mes expériences et de mes aventures avec la gent masculine. Cela les rassure et peut être que cela me rassure aussi, car il n’y a rien de pire aux yeux du monde, que d’être celui ou celle ayant une vie amoureuse proche du néant.

Si vous êtes dans cette configuration, c’est comme si vous aviez une tare. Il n’y a qu’à voir comment se fait traiter Danielle Moreau, la vieille fille de la télé, chroniqueuse sur TPMP, qui déclare ne jamais avoir connu de mecs et vivre avec sa mère. Les gens se foutent tellement de sa gueule (en même temps, c’est clair que je ne choisis pas le meilleur exemple avec TPMP, mais t’as compris l’idée): je ne sais pas comment elle fait pour supporter ça, elle vit une humiliation quotidienne. Les autres ne la considèreront jamais comme leur égale, mais comme une « sous-femme », une ratée. Pauvrita… Leave Danielle alone !!!!!!!!

Pour revenir à ma petite personne, ma vie pose plus de problèmes aux autres qu’à moi-même : c’est à cause du regard des gens,  que je peux me sentir mal de temps en temps. C’est un cercle vicieux. Je savais que je n’étais pas la seule à avoir ce genre de ressentis, mais grâce à ce livre, je me sens un peu libérée d’un poids. Il m’a permis de déculpabiliser sur ce sujet et d’avoir envie de l’assumer.

Pourquoi je vis ainsi ? Les gens qui me connaissent bien ne s’en étonnent pas. Ils savent que j’aime la solitude et que je suis individualiste (ce qui veut pas dire égoïste, on s’entend bien), parce que j’ai passé toute mon enfance à subir les choix de ma famille et à en être prisonnière. Mon départ du domicile familial a été une lente renaissance, où j’ai pu prendre mes propres décisions et vivre pour moi, sans avoir à régler les problèmes des autres. J’aime faire ce que j’ai envie, au moment où je l’ai choisi. Je pourrai vous citer un tas d’autres traits de ma personnalité, qui ne s’accordent pas, à mon sens, avec la vie de mère et le don de soi que cela suppose.

Évidemment, rien n’est figé et peut être que dans 5 ans, je serai mariée avec deux gosses. Par contre, notre caractère et notre parcours font que certains sont plus « disposés » à s’épanouir en créant une famille et d’autres non. Chacun sa route, chacun son chemin les gars…

Pour l’instant, non merci!

3-Bonus gratos : quelques morceaux choisis de « Sorcières. La puissance invaincue des femmes ».

Je me suis reconnue dans pleeeins de passages de ce livre comme : « Ce choix offre une sorte de poche d’oxygène, de corne d’abondance. Il autorise l’excès, la démesure : une orgie de temps à soi et de liberté, que l’on peut explorer, dans lesquels on peut se rouler à en perdre le souffle, sans craindre d’en abuser, mais avec l’intuition que les choses intéressantes commencent là où d’ordinaire on juge raisonnable de les arrêter. Dans ma logique, ne pas transmettre la vie permet d’en jouir pleinement. ».

Mona Chollet cite Simone de Beauvoir, qui parle admirablement de cette sensation, que je ressens moi aussi tous les jours (sauf lorsque je suis obligée d’aller travailler) : «Je pouvais rentrer à l’aube ou lire au lit toute la nuit, dormir en plein midi, rester claquemurée vingt-quatre heures de suite, descendre brusquement dans la rue. Je déjeunais d’un bortsch chez Dominique, je dinais à La Coupole d’une tasse de chocolat. J’aimais le chocolat, le bortsch, les longues siestes et les nuits sans sommeil, mais j’aimais surtout mon caprice. Presque rien ne le contrariait. ».

Moi, c’est pas les tasses de chocolat, mais les burgers…

Tout cela ne veut pas dire, que la seule existence qui vaille la peine d’être vécue est une vie où les enfants seraient bannis. Il faudrait jute que nous puissions avoir le choix, car c’est un engagement qui peut ne pas convenir à tout le monde. Mona Chollet nous rappelle quelles sont les origines des injonctions que subissent les femmes, dans TOUS les domaines. En comprenant d’où elles viennent, on peut essayer de s’en libérer, pour être plus en accord avec soi-même.

Pour conclure, j’ai aimé que ce livre rappelle, que nous avons besoin de modèles féminins variés, pour que l’on puisse ENFIN s’identifier à autre chose, qu’à la mère de famille épanouie (ou non, ce qui compte c’est de devenir maman). Il peut aussi y avoir des femmes célibataires et/ou sans enfants heureuses, très loin de la figure de la vieille fille ou de la folle à chat dégueulasse. De toute façon, je n’aime pas les chats.

Et vous, quel est votre opinion à ce sujet ? Avez-vous lu ce livre ? Qu’en avez-vous pensé ?

C’est ici que je vous quitte !

Bisous!

 

2 thoughts on “COMMENT LE LIVRE DE MONA CHOLLET M’A RAPPELÉ UNE CITATION DE MA MÈRE : « Si j’avais eu le choix, j’aurais eu deux vies : une avec enfants et une sans enfants ».

  1. Cela ne m’étonne pas que ce livre soit en tête des ventes en ce moment, c’est vraiment un des livres que nous avons besoin de lire aujourd’hui ! Petit à petit j’espère que la figure de la « femme » évoluera en bien dans la société, que l’on acceptera plus de choses (je suis aussi du côté « je ne veux pas d’enfants » et je redoute le moment où on me demandera systématiquement « c’est pour quand » « mais tu ne vas pas regreter? »)

  2. Moi aussi La Nuit, je pense que c’est un livre nécessaire. En plus, il aide beaucoup à déculpabiliser les femmes qui ne souhaitent pas s’inscrire dans le shéma traditionnel avec mari et enfants.
    Hahaha, moi on a commencé à me gonfler avec les enfants, lorsque j’ai commencé à approcher des 30 ans et ça empire en vieillissant!

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